La chute, Albert Camus

Publié le par Messaline

La Chute

Dans un bourg d'Amsterdam où se croisent matelos de toutes nations, souteneurs, prostituées et voleurs, un homme que le hasard a mis sur le chemin de l'un de ses compatriotes, se raconte. Qui est-il ? C'est la source de cet admirable monologue, où Jean-Baptiste Clamence retrace le parcours autrefois brillant de son existence. Jusqu'au jour où différents évènements ruinent les derniers vestiges de sa normalité existentielle. Il fuit dans la débauche ce qu'il découvre tous les jours un peu plus. Fuir l'hypocrisie des coeurs, de la charité, de la solidarité, l'hypocrisie du monde, fuir cette existence fausse où le plaisir personnel décide des actes les plus beaux. Il part alors pour la cosmopolite Amsterdam et s'y institue " juge pénitent " pour dénoncer l'ignominie humaine.

Extrait :
Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seule-ment une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation... J'avais déjà parcouru une cinquantaine- de mètres à peu près, lorsque j'entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d'un corps qui s'abat sur l'eau. Je m'arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j'en-tendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s'éteignit brusquement.



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Ce livre fait partie de mes souvenirs de lycée. Je me suis décidée à le relire après avoir participé au blog de Hank77, qui lui-même l'a lu (ou relu ?) récemment. 
Il est difficile d'en parler sans dévoiler beaucoup de choses, donc, j'essaierai de survoler simplement le texte. 

Jean-Baptiste Clamence est juge-pénitent francais, exilé à Amsterdam. Il fait d'un café son "lieu de travail", ou il rencontre de quoi exercer sa profession. 
Commence alors un long monologue de Clamence, face à un personnage dont nous ne savons que très peu de choses. Nous apprendrons juste vers la fin qu'il est avocat (comme l'était Clamence). 

Clamence lui parle de sa vie. De ses sentiments face à sa vie, à la vie en général et aux hommes.  
Il viendra enfin à lui raconter l'élément central du roman, et manifestement de sa vie : la chute dans la Seine d'une personne, depuis le pont des Arts. A partir de ce moment, sa vie n'a plus été la même. Après cet évènement, il se mit alors à réfléchir sur la condition humaine. 
Avant l'accident, on a l'impression que sa vie n'a aucun but. Après celà, son but n'est que de faire pénitence de sa lacheté. Pourquoi n'a-t-il pas couru secourir la personne ? Pourquoi n'a-t-il pas risqué sa vie pour tenter d'en sauver une ? 

De cet évènement découlent des dizaines de questions sur la nature humaine et les chatiments divers. Mais Clamence ne veut-il pas en finir avec cette vie dont il est apparemment prisonnier et qui ne veut manifestement pas le quitter ? Et quelle drole d'idée de s'exiler dans une ville si semblable à Paris, avec une rivière qui la traverse, avec des ponts ...? 

Il y a quand même quelque chose d'étrange qui règne sur ce texte ... Qui est vraiment ce personnage a qui Clamence fait tant de confidences ? Pourquoi sont-ils si semblables ? Pourquoi ...? 

PS pour Hank : Je ne sais pas si tu as réfléchis à celà, mais lors de l'étude de ce roman en classe, je me rappelle qu'on avait beaucoup  parlé du Zuiderzee et de leur traversée ... par contre, je ne me rappelle plus vraiment pourquoi ... 
As-tu quelque chose à en dire ?

Publié dans Romans francophones

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Marie 09/02/2008 22:46

Je n'avais pas aimé ce roman, en fait je n'avais pas bien compris lolAu passage un petit tag ;) http://mary-book.over-blog.fr/article-16484888.html

Messaline 08/02/2008 21:59

Oui, l'interpretation doit dépendre de notre vécu. Il est normal que la chute de cette jeune femme me fasse plus "d'effet" qu'à toi ...Mais je pense que l'on dit un peu la même chose concernant le rapport entre la chute et tout ce qu'il raconte ... simplement je m'attarde un peu plus sur cette chute ... Mais finalement, on est bien d'accord que cette chute l'a amené à devenir juge-pénitent, et donc à  faire son propre procès et celui de l'homme en general ...Pour le Zuiderzee, je ne sais pas, j'avais peut-etre une prof trop proche de la métaphore, mais je me rappelle vaguement qu'elle nous parlait de l'eau figée, sans courant, comme lui était figé au milieu de sa condition d'homme face à l'humanité ou je ne sais plus ...Si y'a un prof de francais parmi nous, qui aurait fait étudier ce livre à ses élèves ... :-)C'est sur que tout ceci prouve que le livre est complexe et mérite qu'on s'y arrete ... Effectivement, tu devrais peut-etre le relire si ça fait longtemps. Par contre, pour "L'étranger" je m'étais tellement ennuyée que j'ai pas trop envie de le relire pour l'instant ...

Hank 07/02/2008 20:29

On en a déjà débattu pas mal, à te lire, je pense toujours qu'on n'a pas perçu l'histoire de la meme maniere, du moins d'une maniere un peu différente. Il faut dire que Camus a manifestement souhaité une certaine ambiguité sur pas mal de points.Comme je te le disais, pour moi le suicide de la jeune inconnue n'est pas vraiment le fond du probleme. Cet évènement l'a simplement amené à se regarder tel qu'il est, mais je n'ai pas eu le sentiment qu'il éprouvait beaucoup de remord (en meme temps, ma lecture n'est plus très fraiche, peut etre que je devrais m'y replonger pour vérifier). Le narrateur a une vision très cynique des choses, son problème à mon sens n'est pas tellement de n'avoir rien fait pour sauver l'inconnue, mais plutot de tomber de haut en voyant la vie sous un oeil nouveau, sa vie comme la vie en général, et là dessus, nos interprétations se rejoignent un peu.Je vois qu'on ne s'est pas non plus focalisé sur les memes parties du bouquin, sa définition du juge-pénitent (qu'il explique pourtant si ma mémoire est bonne), ne m'avait pas spécialement marqué. Pas plus que sur ce dont tu parles à propos du Zuiderzee, sur lequel je ne me suis pas non plus attardé. En tout cas, ça prouve que le roman est plus complexe qu'il ne parait. Et ça donne envie de s'y replonger. Je pense qu'on peut avoir une lecture assez différente à chaque tentative, c'est sans doute d'ailleurs le cas de plusieurs romans de Camus (je pense à "L'étranger" par exemple).